Groupe éthique - Page 2

  • Contribution d'un professionnel de l'Essonne sur l'intérêt d'un groupe éthique

    De l’intérêt d’un espace « éthique » pour aborder certains thèmes

    1404885703.jpgRecrutée pour un poste de direction d’un SESSD en octobre 2006, j’ai rapidement été invitée à une première rencontre sur l’initiative de la délégation APF de l’Essonne, pour constituer un groupe de parole autour de l’éthique. J’ai informé l’ensemble de l’équipe sur cette initiative, la psychologue du service était la seule intéressée. Nous y sommes donc allées deux fois ensemble, ensuite son emploi du temps n’a plus permis sa présence.
    Je venais d’arriver et l’APF m’a séduite par son offre plurielle de rencontres. Enfin une association qui ne demande pas aux professionnels de terrain de rester dans leur tour d’ivoire. Il semblait autorisé de « construire ensemble ».
    Mes motivations étaient de plusieurs ordres :
    M’étant initiée à la philosophie en passant une maîtrise plus particulièrement adressée aux secteurs santé social, c’était pour moi, l’occasion de renouer avec ce travail de pensée dans un autre cadre.

    Directrice c’est une fonction qui exige de prendre un peu de distance, un peu de hauteur. Ce groupe de travail m’offre un espace d’échange très riche, où je n’oublie pas ma fonction mais ne suis pas dans ce rapport professionnel avec les participants.

    Très vite une souffrance des élus de la délégation s’est exprimée et un petit noyau s’est constitué en soutien. Effectivement, la directrice de la délégation a lancé cette initiative mais elle s’est vite absentée, en arrêt maladie. De gros conflits que je n’ai pas bien saisis ont éclaté, j’ai simplement pu mesurer la souffrance des élus qui participaient à ce groupe. Il fallait tenir, donner quelques réponses institutionnelles, partager. Avec l’aide des animateurs nous avons tenté d’apaiser les blessures en offrant une écoute empathique bien qu’elle émane de professionnels.
    Cela a pris du temps mais nous avons pu aborder deux thèmes importants :
    Le concept de sollicitude avec ce qu’il comporte de représentations tant du point de vue des parents que des professionnels.
    La sexualité, les représentations des uns et des autres, adultes en situation de handicap célibataire ou en couple, parents d’enfants handicapés, jeunes ou adultes, professionnels.

    J’ai rarement vécu une telle authenticité dans les échanges. Chacun a pu dire son point de vue mais aussi ses représentations quelques fois totalement erronées. J’en suis sortie plus déterminée que jamais à écouter les demandes au lieu de penser pour le bien des personnes.
    Pour chacun des thèmes nous avons eu des échanges documentés et élaborés.

    Cette expérience m’apporte plusieurs choses :
    - Elle me rappelle l’humilité nécessaire à notre mission d’accompagnement
    - Elle me rappelle que ce qui motive mon choix professionnel : la rencontre de l’autre
    - Elle m’offre un espace de réflexion
    - Elle me surprend, réveille ma curiosité
    - Elle m’oblige à élargir mon cadre de référence
    - Elle me rappelle que l’APF est aussi une association militante organisée de façon démocratique
    - Elle me rappelle que nous avons encore du travail ensemble
    - Elle me rappelle que la façon de dire est quelques fois aussi importante que ce que l’on dit, qu’il est important de reformuler et de s’assurer d’être compris
    - Elle me rappelle que la gestion du quotidien d’un service ne doit pas m’empêcher de penser à demain
    - Elle me rappelle que les enfants deviendront des adultes
    - Elle me rappelle que le travail du service doit prendre son sens dans un parcours de vie et que cette vie n’est pas celle du service
    - Elle me rappelle que je fais partie d’une organisation et qu’il est important d’entretenir des relations régulières avec mes collègues
    - Elle me rappelle que je ne suis pas seule et que je peux trouver des appuis
    - Elle me rappelle que les espoirs des enfants ne se réaliseront que dans une société qui aura évolué
    - Elle me rappelle à quel point une organisation collective peut être violente en réponse au désir singulier
    - Elle me rappelle que l’homme est pluriel, que nous sommes tous différents
    - Elle me rappelle que la construction se fait au rythme du plus lent si on ne veut pas laisser quelqu’un au bord de la route

    Malika Redaouia, directrice du SESSD APF d'Evry - Contribution validée par le groupe éthique du 91.

  • Ethique et sexualité

    Un premier constat : Pour tout parent cette question est stressante. Il y a des notions communes pour tous les jeunes à faire passer qu’ils soient handicapés ou non et ce n’est jamais simple Le point de vue des professionnels ne prend pas en compte tous les empêchements affectifs des familles.

    Un autre constat : Pour les personnes en situation de handicap il y a une grande frustration quant à l’acte sexuel. Cette difficulté à concrétiser son désir par un acte réalisé physiquement devient obsédante. C’est une souffrance récurrente.

    141834192.jpgPersonne n’est autonome dans sa sexualité, il faut être deux.

    Côté professionnel : Peu d’accompagnement sur cette question dans les établissements que ce soit pour les jeunes ou les adultes. Dans les établissements pour jeunes, l’information n’est pas toujours donnée, la contraception, la protection contre les maladies sexuellement transmissibles sont rarement abordées. Dans les foyers d’adultes il est difficile de préserver son intimité. Les allers et venues sont épiées et les personnels posent des questions indiscrètes, font part de leurs craintes, se mêlent des choix des résidents.

    Comment pouvoir s’en dégager ? imposer ses désirs ? approcher l’autonomie psychique.
    Il y a encore trop de tabous autour de cette question. Les personnes veulent avoir une vie sexuelle, partager des sentiments mais aussi pouvoir concrétiser ces désirs et avoir des rapports sexuels. Ils disent Non à la sublimation.
    A l’heure actuelle cette question reste très peu abordée. Les personnes sont seules face à cette frustration obsédante qui les entraînent dans une spirale agressive.
    Même si les personnes n’ont jamais connu l’acte sexuel, dans ce cas ce n’est pas un manque connu mais la frustration de ne pas pouvoir bénéficier d’une vie sexuelle.

    Nous terminons en constatant que les personnes handicapées n’ont pas accès à une vie sexuelle aisée même s’ils sont autonomes et qu’ils ont la chance d’avoir un partenaire à cause de l’intrusion des professionnels dans leur intimité. Pour ceux qui auraient besoin d’une aide c’est impensable en France aujourd’hui.

    Pourtant ils ont tous une vie sexuelle rêvée, qui reste frustrée. Un gros travail reste à faire aux niveaux des représentations pour que l’ensemble de l’humanité puisse imaginer une vie sexuelle accessible à tous. Ensuite il faudrait pouvoir imaginer un autre accompagnement, qui autorise à concrétiser ce possible.

    Malika REDDAOUI (Directrice du SESSD d'Evry)


    TEMOIGNAGE

    Le sexe toujours et encore !

    Je m’appelle Frédéric, j’ai 38 ans et je participe au groupe éthique qui existe dans notre délégation depuis plus d’un an.

    Le thème choisi récemment était la sexualité des personnes handicapées et j’ai eu envie de venir car c’est un lieu ouvert, où on peut parler librement, avec humour aussi, même si le contenu est sérieux.
    Les personnes qui viennent échanger sont très diverses avec des opinions parfois opposées , c’est ce qui fait le piment des discussions : parents, professionnels, jeunes…Pas de chef, pas de hiérarchie, pas de contraintes, pas de paroles tabous, sinon l’écoute mutuelle et le respect des idées de chacun.

    On a soulevé des sujets parfois délicats ou tabous : le problème du personnel qu’il faudrait former pour l’aide à l’acte sexuel, en foyer notamment où les professionnels qui interviennent pour les actes quotidiens n’admettent pas forcément que la personne handicapée a des besoins sexuels normaux. Ce n’est d’ailleurs sûrement pas leur rôle de prendre en charge cet aspect, d’où la nécessité d’envisager une personne extérieure formée et spécialisée pour cela. On est même allé (pour certains) jusqu’à envier les pratiques de nos voisins les Hollandais par exemple qui « osent » proposer des subventions pour payer ce type d’aide.

    Et qu’on arrête de dire que les personnes handicapées n’ont pas de sexualité ; même si l’acte est parfois entravé par des problèmes techniques, le désir existe chez tout le monde ! Mais pas assouvi, il peut devenir violent, obsédant, à la limite de l’insupportable et mener jusqu’à la dépression !
    Voilà des paroles qu’entendaient pour la première fois certains d’entre nous : choquant, dérangeant, mais en tous cas qui nous a fait débattre et réfléchir ; des échanges aussi qui nous ont permis de s’apercevoir qu’on était pas seuls à y penser !
    Le dire, le partager en paroles avec d’autres, c’est aussi un soulagement, une libération, ça vaut bien des séances de psy !

    Sûrement parmi vous, certains vont se retrouver dans ces propos, alors pourquoi ne pas faire le premier pas pour nous rejoindre et donner votre avis, même s’il est différent. Il y a certainement pleins de façons d’aborder le sujet : notre imagination collective fera le reste.

    Après des vacances certainement riches en expériences diverse et instructives, nous vous proposons de rejoindre notre groupe, que vous soyez vous-même concernés, ou simplement intéressés ou inquiets par rapport à la vie intime et à l’autonomie des personnes handicapées qui vous sont proches.

    Nous vous attendons Mardi 23 septembre de 14h à 17h à la délégation.
    Les thèmes seront affinés et développés pendant l’année en fonction des désirs des participants.

    Fred